… Et Dieu créa la femme. Et malheureusement les hommes s’en mélèrent

Je suis nue et je suis belle. Je suis LA femme, avec des seins et des hanches qui témoignent de mes maternités. Je suis belle et ce sont de mes cheveux dont je suis le plus fière, ils sont ma vanité. On m’a peinte nue des millions de fois pour rendre hommage à ma féminité, à ma fécondité ou en signe d’opulence, mais c’est certainement en Égypte ou en Grèce que l’on m’a le plus glorifiée. Mon corps nu fut déifié et pourtant déjà il ne m’appartenait plus.

J’ai froid.  Je me couvre lentement, au rythme des civilisations, d’abord par confort, puis par pudeur, puis par pudibonderie, enfin par coquetterie. Je cache mes attributs, je deviens propriété. On m’exhibe parfois, on m’a rendue sexuelle, érotique. Je suis devenue un symbole, je suis devenue le pêché. Je suis la faiblesse de l’homme, sa tentation, son trophée. La déesse est devenue sorcière. Alors on me brula, on me brutalisa au nom d’un dieu et d’un Christ que je ne connaissais pas. Ma chevelure d’or dut être voilée dans les lieux saints, à cause des anges me dit-on, mais surtout comme une marque au fer rouge de l’autorité dont je devais dépendre. Ils l’ont lu dans un livre.(1) Et pour épouser ce Christ, si nouveau pour moi, je me voilais entièrement et me retirais du monde des hommes.

Je me battis, les hommes aussi, contre moi, entre eux, pour Dieu ou l’argent, et le pouvoir de ce Dieu sur moi s’affaiblit.

Un autre Dieu, ou peut être le même, un autre livre. Sans comprendre pourquoi, je dus de nouveau cacher mes cheveux à tout autre que mon époux, au nom de l’intimité, pour me protéger, pour ne pas attirer la convoitise (2). Je suis irrésistible. Mon pouvoir est visiblement sans limite. Et pour m’humilier parmi ces croyants là, on me découvrit les cheveux en public, symbole de ma honte et de mon adultère. Et oui, je suis de toutes les faiblesses, je suis la chair tendre qui ne sait résister, qui a besoin de la dureté des hommes pour apprendre à me tenir, à respecter, à honorer. J’appris de force la vertu, la modestie et la pénitence. Enfin c’est ce qu’ils me dirent… A force de persuasion, perruque ou voile, à moi de choisir, mais je dus sortir cachée.

Je me battis, les hommes aussi, contre moi, pour ce Dieu contre les autres, pour l’influence ou l’argent et le pouvoir de ce Dieu sur moi s’affaiblit.

Un peu plus loin, au sud, d’autres hommes, d’autres livres, sacrés évidemment. Un peu plus loin au Sud, je dus encore me soustraire aux regards des étrangers à mon nid. Un voile pour couvrir mes ornements, mes seins, ma chevelure. (3) On me dit que ce voile est un devoir de croyante mais également un droit à la décence. Croire, devoir, obéissance, décence, pureté, humilité… Tant de mots qui vivent visiblement ensemble. Tant de mots que j’ai du mal à digérer. Je me bats, mais ces hommes là jètent des pierres. Ces hommes tuent, ces hommes me tuent quand ils ne peuvent m’etouffer.

Mais là à ma grande stupeur cette fois-ci, les hommes se chamaillèrent. Mon corps entier est-il outrage ? mes cheveux (encore eux)? mon visage ? mes yeux, mes mains ? Ce texte là n’est pas très clair. Les hommes se jouent des mots. Je sais juste que je suis coupable d’être belle, et visiblement pas assez vertueuse. Je sais juste que mon corps les appelle, et qu’en signe de dévotion envers un autre Dieu, et de respect envers d’autres hommes, je ne dois point les tenter. Certains me couvrirent donc les cheveux, d’autre s’acharnèrent sur mon corps jusqu’à me faire ressembler au célèbre Belphégor. D’autres hommes sans Dieu s’en mêlèrent, d’autres hommes s’emmêlèrent. C’est la guerre. Je suis Hélène de Troie, les hommes ici et ailleurs passent leur temps à se déchirer pour moi. Je devrais être flattée, mais mon corps est trop meurtri pour s’en réjouir.

Dieu après Dieu, siècle après siècle et malgré toutes mes batailles, toutes mes victoires, je ne suis plus une femme, juste le fantôme de moi-même, une ombre sous un voile qui traverse le temps. Je suis moi, je suis belle, mais finalement les hommes ne s’en soucient guère. Je ne suis qu’un enjeu, qu’un détail théologique, pire un objet. Alors, moi, si belle, je rêve d’écrire un livre, tout comme eux, un livre que les hommes vénéreront. Moi, si femme je rêve de redevenir déesse, pour que l’on me foute la paix !


1- Bible – Épitres aux Corinthiens 11, versets 5 à 15
2- Talmud – la Halaka
3 -Coran Sourat el Nour. verset 31

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