… Démission impossible quand on est une maman

Je m’appelle Peter, mais ma mère m’appelle Pitou, mon frère alcoolique Petrus et mes amis ne m’appellent pas. J’ai 38 ans, je m’occupe de maman mais sinon je suis ingénieur dans une boite qui fait des boites. Chez moi l’hiver dure 6 mois, et bon ben y’a pas à dire quand on boit pas on s’emmerde. Et moi je bois pas. Maman n’aime pas ça.

Mais cet hiver tout à changé. Un soir, pendant le diner, je jouais au foot avec mes doigts, je faisais des tirs au but avec mes petits pois. Maman adore les petits pois, mais pas moi. En plein match, mon doigt a ripé, il a glissé sur le manche de ma fourchette, et de footballeur il est devenu skateur. Quel pied, j’ai joué pendant des heures. Puis j’ai foncé dans mon atelier, bricolé quelques pièces, j’ai bombé le torse, rentré mon ventre (les petits pois ça pardonne pas), j’ai mis ma casquette à l’envers, enfilé mon baggy (maman était sortie). Puis j’ai foncé déposer mon brevet. Le skate de doigt était né, et moi j’étais en route pour la célébrité.

Un an plus tard, dans une petite bourgade du 92.

Je m’appelle Magdalena, mais mes amis m’appellent Mag et ma mère m’appelle pas. J’avais une vie plutôt bien gaulée, entre mon job, mes hommes, mes ex, mes futurs, mon futur, et l’hiver qui passe à toute allure. Mais cet hiver, ma vie a changé. Cet hiver, j’ai pris cher, j’ai basculé dans le coté obscur de la force, à des années lumières de ce qui est « in », je me suis ringardisé en l’espace d’un souffle, clouée à l’autel des « has been » par un demi homme excité.

« Maman, maman, il faut absolument que tu viennes m’aider, je porte à gauche ça va pas du tout, j’ai les doigts qui glissent ! »
« Mon chéri combien de fois faudra t-il te répéter que c’est normal ton corps change, mais que tu ne dois pas étaler ton intimité… d’ailleurs tu diras à ton père de… Mais qu’est-ce que c’est que ça ? »
« Ben mon skate de doigt ! »
« Ton skate de quoi ? »
« Pffff mon skate de doigt ! ça vient des zétas ounis, c’est une amie de papa qui me l’a rapporté. C’est génial c’est trop cool. Et puis je veux le Skate Mega Trix bleu irisé, gente alliance bi latérales et roulement à billes chromé pour Noël. Dis oui maman d’amour dis oui, dis oui, siteuplé »

Breathe mother breathe. La génisse se met à l’heure des Staaaaates. Elle peste contre son ex, ses amies, ses conneries, en anglais. Puis elle regarde avec perplexité l’enfant à contenter. Qu’à cela ne tienne, elle n’est pas du genre à démissionner. Elle fouille dans ses armoires pour trouver l’outil chirurgical et les loupes double foyer qui permettront aux petits doigts du môme de rouler sans tourner. L’opération aussi complexe que déroutante la laissera pourtant dépitée. Si elle avait imaginé un jour loucher sur une cette aberration. Elle avait rêvé son fils surfeur, le voici skateur… de doigt. Elle soupire sur ses rêves d’enfant bien gaulé, de tombeur, d’homme branché : un deuil bien difficile qui devrait financer la nouvelle BMW de l’honni thérapeute… Si au moins elle pouvait mettre la main sur le crétin d’inventeur. Si au moins… Mais non, par dépit elle devra se contenter de rêver de l’émasculer. Car le plus humiliant reste à venir.

« Excusez moi jeune homme, je suis à la recherche d’une steackdedoigt » mumure-je à un comis acnéique du Toys’R Us d’Issy.
« Comment ? »
« hum, pourriez vous m’indiquez le rayon des micro skate ? » insistais-je à mi voix.
« Je ne comprends rien vous cherchez quoi ? »
« DES STAKES DE DOIGT, incapable ! Non mais c’est vrai quoi je vous jure pas moyen d’être renseignée, et je vous préviens si vous ricanez je vous explose le nez. » explosais-je enfin, me libérant sur le pauvre crétin.

Et quand la mère arrive enfin devant l’étal gigantesque des skates de nains, l’œil hagard, la mine défaite. Elle y croise d’autres ovnis, pathétiques géniteurs ahuris. On se comprend d’un battement de cil, on s’échange les adresses, on s’improvise support psychologique. Nous ne sommes plus seuls face à l’ennemi. Courage on verra pire. Courage nous irons loin. Skate de doigt dans nos poches, on soupire, c’est moche. Mais nos mômes on les aime, alors on a signé pour 20 ans, pour 30 ans… démission impossible quand on est une maman.

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3 réflexions au sujet de « … Démission impossible quand on est une maman »

  1. ah naaaaa c’est quoi ce blog ? mon calvaire n’est donc pas encore fini ?
    Bertrand tu prendrais pas le fils à sa mère en stage pour le ré-équilibrer ? 😉

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